Et si on confiait le Québec au milieu communautaire?

Et si on confiait le Québec au milieu communautaire?

Et si on confiait le Québec au milieu communautaire?

Parce que gouverner, au fond, ce n’est pas diriger d’en haut, c’est répondre aux besoins d’en bas.

Je vois passer beaucoup de choses ces derniers jours. Des analyses. Des opinions. Des solutions rapides. Des gens qui disent qu’il nous faudrait un grand homme d’affaires. Quelqu’un de « fort ». Quelqu’un qui « gère ». Quelqu’un qui connaît la « rentabilité ».

C’était pourtant le profil de plusieurs qui ont déjà occupé ce poste… Et si on se tournait vers un milieu qui, depuis toujours, gouverne sans titre, sans pouvoir formel, sans projecteurs ? Le milieu communautaire.

Parce que gouverner, au fond, ce n’est pas dominer. Ce n’est pas imposer. Ce n’est pas gérer des chiffres détachés des humains.

Gouverner, c’est prendre soin du bien collectif. C’est faire des choix difficiles avec peu de moyens. C’est écouter avant de décider. C’est tenir ensemble des intérêts divergents sans écraser les plus fragiles.

Et ça, le communautaire le fait. Tous les jours. Depuis des décennies.

Les gestionnaires communautaires savent mobiliser sans contraindre. Faire avancer des dossiers sans hiérarchie rigide. Créer du mouvement là où il n’y avait que de l’isolement. Défendre des droits sans perdre l’humanité. Composer avec l’urgence sans perdre la vision à long terme.

Ils et surtout elles, soyons honnêtes, savent faire beaucoup avec presque rien. Elles savent négocier, convaincre, rassembler. Elles savent porter la voix de ceux qu’on n’entend jamais. Elles savent travailler avec le terrain, pas au-dessus. Parce que oui, si on confiait le Québec à quelqu’un du communautaire, il y a de très fortes chances que ce serait une femme.

Une femme habituée à tenir des équipes à bout de bras. À jongler avec des budgets serrés. À rendre des comptes à mille partenaires. À naviguer entre les institutions, les citoyens et les réalités humaines complexes. Une femme qui sait que la performance ne se mesure pas juste en croissance, mais en dignité, en cohésion sociale, en capacité collective à tenir debout.

On dit souvent que la politique manque de sens. Peut-être parce qu’elle s’est trop éloignée de ceux qui, chaque jour, réparent ce que le système laisse tomber.

Et si la solution n’était pas de chercher plus haut, mais de regarder plus près ? Dans les maisons d’hébergement. Dans les organismes de quartier. Dans les tables de concertation. Dans les lieux où on apprend à faire ensemble, malgré tout.

Et si le Québec était prêt, enfin, à être dirigé par quelqu’un qui sait que le pouvoir, ce n’est pas décider seul, mais faire émerger l’intelligence collective ?

On dit souvent que les grandes priorités du Québec sont la santé, l’éducation et l’économie. Parfait. Parlons-en, justement.

La santé, ce n’est pas seulement des hôpitaux et des médecins. C’est prendre soin du monde avant que ça casse. C’est prévenir, soutenir, accompagner, écouter. C’est exactement ce que fait le milieu communautaire, chaque jour, en première ligne, bien avant que le système formel n’intervienne.

L’éducation, ce n’est pas seulement scolaire. C’est aussi l’éducation populaire. Apprendre à comprendre ses droits. À s’exprimer. À participer. À devenir un citoyen à part entière. Là aussi, le communautaire est un pilier invisible, mais essentiel.

Et l’économie ? Et si on arrêtait de la réduire à la seule logique du profit ? Regardons l’économie sociale. Des entreprises collectives. Des coopératives. Des OBNL innovants. Des modèles qui créent de la richesse sans laisser personne derrière. Des organisations qui réinvestissent dans la communauté, dans l’emploi durable, dans le territoire.

C’est capoté, quand on y pense. On a déjà sous les yeux un modèle qui fonctionne. Un modèle qui concilie humain, efficacité et vision à long terme. Et pourtant, on continue de chercher ailleurs.

Peut-être que la vraie audace, ce ne serait pas de nommer un sauveur. Mais de reconnaître l’expertise de celles et ceux qui tiennent le Québec debout aujourd’hui.

Parce que gouverner, au fond, ce n’est pas diriger d’en haut. C’est répondre aux besoins d’en bas. C’est prendre soin, éduquer, développer autrement. Et s’entourer des gens qui ont les compétences qu’il nous manque. Et ça, le milieu communautaire et l’économie sociale savent déjà le faire. Collectivement. Concrètement. Humainement.

Si gouverner, c’est prendre soin des Québécois, le milieu communautaire n’est-il pas déjà en train de le faire ?

Fermer le menu